P’tite Gueule en concert à la Manufacture Chanson – Photo Félix Magazine

Il y a chez la rappeuse P’tite Gueule une manière bien à elle d’occuper l’espace : sans posture, mais avec une intensité qui ne faiblit pas. À Montreuil, où elle vit et où son projet a pris racine, elle a façonné une identité singulière, entre théâtre, piano et rap, entre parole intime et énergie scénique. Six ans après ses débuts, elle avance avec l’assurance de celles qui ont trouvé leur langue.

Montreuil, un lieu de création

La rencontre a lieu au cinéma Le Méliès, à Montreuil, dans ce lieu de passage qui convient bien à son parcours. Manon Gilbert, alias P’tite Gueule, a le rire facile et le regard attentif. Elle raconte Montreuil comme une banlieue qui nourrit ses textes. Son projet a commencé pendant le confinement. Son premier EP, P’tite Gueule Présente, en 2022, pose déjà les bases : un mélange de rap, de chansons à texte et de piano. En 2023, son premier album Gronde est salué par l’Académie Charles‑Cros.

« Je me souviens quand ils m’ont appelée pour m’annoncer que j’allais recevoir ce prix, j’étais en train de faire mes courses. C’était vraiment surréaliste. J’étais extrêmement surprise et, bien sûr, très heureuse. Quand t’est reconnue par des institutions, c’est énorme. Ça fait très plaisir, et ça encourage à continuer. »

La Manufacture, scène d’incarnation

Le 21 mai dernier, à La Manufacture Chanson, P’tite Gueule a confirmé qu’elle ne se contentait pas de chanter les textes de son dernier album l’Étreinte : elle les joue, les traverse, les incarne, avec ce mélange de rap nerveux, de précision dans le flow et de présence scénique qui lui est propre. Quelques jours plus tard, cette énergie s’est déplacée hors les murs, devant le parvis de l’hôtel de ville du 11ème arrondissement, où elle a chanté avec la fanfare de cuivres des élèves du conservatoire Charles Munch, qui avait repris ses morceaux. Elle le dit elle-même : entendre ses chansons ainsi réinventées est pour elle « fabuleux », et raconte bien l’élan collectif qui accompagne aujourd’hui son parcours, aux côtés de La Manufacture Chanson et de son équipe.

P’tite Gueule en concert au Théâtre des Roches Monreuil – Photo Félix Magazine

Six ans de route, l’élan intact

Six ans après ses débuts, Manon continue d’avancer avec une énergie peu commune. Son deuxième album l’Étreinte s’ancre dans la maternité et les bouleversements qu’elles entraînent, le doute ou l’acharnement qu’il faut pour continuer à créer.

« Au début, je pensais ne pas le faire, parce que je trouvais que c’était peut-être un peu impudique. Puis, à force de m’empêcher d’écrire là-dessus, je n’écrivais sur rien. J’avais tellement peur que, quand on devient maman que ça coupe un élan par rapport au projet, au rêve, que ce ne soit pas goupillable. Et en fait, si, ça l’est. Mais ça demande pas mal d’acharnement et de détermination.»

Montreuil reste son ancrage. Elle était heureuse d’y donner un concert dans le jardin du Théâtre des Roches fin juillet. Toutefois, son horizon s’élargit. P’tite Gueule avance avec cette rare capacité à conjuguer l’intime et le collectif, la douceur et la frappe, la parole vécue et l’incarnation scénique. Elle ose tout, même d’interpréter le personnage de Cyrano façon rap. Le 3 novembre son concert à l’Européen devrait marquer une nouvelle étape pour une artiste dont la trajectoire, en six ans, a déjà trouvé sa voix et son élan. Et comme elle aime à le dire : « Petite Gueule n’a pas fini de l’ouvrir. »

Jean-Claude Djian

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