
Pour Philippe Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture, la filière française doit composer avec des enjeux sanitaires, climatiques et économiques de plus en plus lourds. Entre la qualité des eaux côtières, la fragilité des exploitations et la nécessité de sécuriser la production, la production cherche à préserver des coquillages sains et de qualité toute l’année.
Comme les autres coquillages, les huîtres dépendent d’abord de la qualité de l’environnement et de l’eau précise Philippe Le Gal. S’y ajoutent les effets des activités terrestres et du changement climatique, deux facteurs qui imposent à la filière une adaptation constante.
« Nous devons donc nous adapter en permanence aux évolutions. C’est dans ce contexte que nos productions ont développé de nouvelles techniques et de nouvelles manières de produire. Aujourd’hui, nous sommes principalement sur l’estran, la partie découvrante de la côte. Nous expérimentons aussi des filières au large. »
Les trois axes du CNC
Le Comité national de la conchyliculture (CNC) agit sur trois priorités : améliorer l’assainissement avec les collectivités, sécuriser les exploitations grâce à des équipements de purification, et obtenir réparation des préjudices subis par les professionnels. Ces trois leviers visent à protéger la qualité des eaux, à limiter les risques sanitaires et à soutenir une filière fragilisée par les pressions climatiques et économiques. Le CNC travaille également sur la propre sécurisation de la filière, avec des installations et des systèmes de bassins de purification.

Les moules attaquées par des prédateurs
La filière subit des mutations écologiques visibles : hausse des températures, dérèglement des saisons, et pression accrue de prédateurs comme les araignées de mer ou les dorades, qui compliquent notamment la production de moules. Le CNC alerte sur des phénomènes amplifiés par les activités terrestres, qui modifient l’équilibre des bassins et obligent les professionnels à inventer de nouvelles réponses techniques et territoriales.
Une filière qui se modernise
Pour faire face à ces défis, la profession accélère sa modernisation : mécanisation, exosquelettes, filières en mer, paniers automatisés. L’innovation doit alléger les gestes les plus pénibles, améliorer la productivité et maintenir un haut niveau d’exigence sanitaire. La conchyliculture cherche ainsi à concilier tradition, adaptation et performance.
OXYVIR : un outil de vigilance
Porté par ACTALIA, l’observatoire OXYVIR constitue aujourd’hui un outil important de prévention. Il s’appuie sur des bactériophages ARN F-spécifiques pour différencier norovirus « infectieux » et « non infectieux », afin de limiter les fermetures de bassins injustifiées.
« Plusieurs réseaux d’analyse permettent de suivre ce qui se passe dans le milieu. La profession a ajouté, depuis deux ans, un réseau supplémentaire appelé OXYVIR… ce programme vise à anticiper tout ce qui concerne les norovirus et les bactériophages, afin de pouvoir sécuriser nos produits au moindre problème », résume Philippe Le Gal. Nicolas Boudaud, responsable du Département Virus et Parasites d’ACTALIA, a présenté le bilan des saisons de surveillance et reste l’interlocuteur de référence pour expliquer le fonctionnement et les limites de l’OXYVIR.
Derrière chaque coquillage, il y a des hommes et des femmes qui s’emploient à protéger leur métier, à préserver la santé publique et à garantir aux consommateurs des produits de qualité toute l’année.
Jean-Claude Djian






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