
Le 5 août 2026, au théâtre de Cormeilles, le public n’a pas seulement assisté à une représentation de La Cenerentola. Il est entré dans le jeu. Avec sa troupe itinérante, Diva Opera a proposé une lecture vive, généreuse et malicieuse de l’opéra de Rossini. Une soirée d’autant plus symbolique que la compagnie fêtait cette année ses trente ans.
Un opéra au plus près du public
Dans le cadre des Musicales de Cormeilles, Diva Opera a présenté La Cenerentola de Rossini inspirée du conte de Cendrillon. Comme à son habitude, la compagnie britannique en a proposé une version de chambre : avec un piano, un décor minimaliste, quelques accessoires et une troupe entièrement engagée dans l’action. Les regards, les apartés, les gestes soulignaient chaque intention. La musique de Rossini gagnait ainsi une spontanéité réjouissante. Le piano de Bryan Evans donnait l’impulsion, soutenait les chanteurs et accompagnait les changements de rythme avec une précision pleine de souplesse. L’opéra devenait une aventure collective, partagée avec la salle.

Angelina, la douceur comme force intérieure
Dans le rôle d’Angelina, la jeune soprano Heather Lowe composait une Cenerentola touchante. Chez Rossini, la douceur n’est pas une faiblesse. Elle est une force intérieure, une manière de résister aux humiliations et de croire encore à la bonté. Face à elle, Don Ramiro était un prince en quête d’authenticité. Joseph Doody montrait un jeune homme qui ne voulait pas être aimé pour son titre, mais pour lui-même. La mécanique des identités atteignait son sommet avec Dandini, interprété par Jérôme Knox. Le valet devenait prince, le prince devenait valet, et la hiérarchie sociale se trouvait momentanément renversée.

Une famille sur les routes
Dans une production aussi resserrée, la cohésion de la troupe est essentielle. Diva Opera revendique cette dimension humaine. Certains chanteurs découvraient la compagnie, d’autres y revenaient après plusieurs saisons. Tous parlaient d’une famille artistique fondée sur la confiance, l’écoute et le soutien. Cette impression se percevait sur scène : derrière la virtuosité et le rythme endiablé, il y avait le plaisir manifeste de jouer ensemble.

Trente ans de fidélité
Fondée en 1996 par Anne Marabini Young et Bryan Evans, Diva Opera fêtait en 2026 ses trente ans. La compagnie a construit sa réputation autour d’un opéra itinérant, exigeant et accessible, capable de rencontrer les publics dans de petits théâtres comme dans de grands festivals. Anne Marabini Young veille à maintenir cet équilibre entre expérience et renouvellement.
« C’est important d’avoir de nouveaux chanteurs. Cela garde la troupe vivante », explique-elle. Puis elle ajoute pour résumer l’aventure : « Trente ans, c’est long, mais les gens aiment ce que nous faisons, alors nous continuons. »
À Cormeilles, cet anniversaire n’a pas été célébré comme un événement officiel ajouté au spectacle. Il s’est simplement exprimé dans l’harmonie du groupe, la confiance entre les artistes et le plaisir communicatif de la musique de Rossini. Avec cette Cenerentola, Diva Opera a montré que la magie pouvait naître de moyens très simples : un piano, des voix harmonieuses, une mise en scène précise et un public attentif.
Jean-Claude Djian




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