Anne-Marie Fijal et Leszek Lorent Crédit Festival Hier & Aujourd’hui

Sous la halle Eiffel du château de Marolles, le festival Hier & Aujourd’hui a fait passer le lied romantique à la création contemporaine. Une soirée de voix, de souffle et de percussions, entre douceur schubertienne et inquiétude sonore.
 
Le 24 juillet, la nuit tombe doucement sur le château de Marolles, à Génillé, en Touraine. Sous la halle métallique construite par Gustave Eiffel, le public prend place en plein air. La scène est ouverte, l’écoute aussi. Pour sa sixième édition, le festival Hier & Aujourd’hui ne juxtapose pas les époques : il les met face à face.
D’abord Schubert, avec le baryton Samuel Hasselhorn et le pianiste Ammiel Bushakevitz puis Chants de l’ombre, création mondiale d’Anne-Marie Fijal, interprétée par la compositrice au piano avec le percussionniste polonais Leszek Lorent.
 
Schubert, des lieder en majesté

Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakevitz Crédit Félix Magazine
Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakevitz Crédit Félix Magazine

Les lieder de Schubert ont le souffle du lyrisme, de la  vitalité  et du romantisme. Samuel Hasselhorn chante avec une voix douce et  chaleureuse. Au piano, Ammiel Bushakevitz joue avec un toucher léger, presque transparent. Le piano ne se contente pas d’accompagner : il ouvre des espaces, suspend le temps, relance le chant. Les deux artistes se connaissent depuis une quinzaine d’années. Ils ont commencé à jouer ensemble pendant la période du Covid, autour des lieder Winterreise (Voyages d’hiver). De cette rencontre est né le projet Schubert 200, lancé en 2023 avec la maison de disque Harmonia Mundi.
Samuel Hasselhorn résume leur histoire avec simplicité :

« Nous devions faire quelque chose ensemble. C’est ainsi qu’est né le projet Schubert 200. Depuis, chaque année, nous enregistrons nos albums à Berlin, dans le même studio, avec le même ingénieur du son, et le même piano. »
Ammiel Bushakevitz évoque leur complicité qui se joue au-delà de la partition.

« Je pense que le compositeur fait confiance à l’interprète pour faire ressortir l’âme de la musique, ce qui est derrière la partition. Samuel le fait spontanément et c’est très inspirant. » 
Chaque lied devient une scène à part entière.
 
L’ombre, percussion en tête

Anne-Marie Fijal et Leszek Lorent Crédit Félix Magazine

Après Schubert, changement de climat. Avec Chants de l’ombre, en création mondiale, Anne-Marie Fijal nous plonge dans une atmosphère plus obscure. Elle joue au piano avec Leszek Lorent, percussionniste polonais. Leurs instruments se répondent, se cherchent, se heurtent. Le piano frappe, les percussions prolongent. Un dialogue tendu se met en place, sans décor ni récit explicite. Généreuse et inventive la compositrice célèbre la beauté de l’éphémère.

« Cette composition était dans mon imaginaire. Leszek et moi nous avons répété avec rigueur et aujourd’hui on s’est dit : maintenant, on respire et on y va. Après cette première, je n’ai plus qu’une envie, c’est de recommencer parce que peut toujours progresser. » 
Anne-Marie Fijal a commencé comme interprète classique avant de se tourner vers la performance et la composition. Elle a travaillé avec des artistes comme Ernest Pignon-Ernest et Carolyn Carlson. Cette trajectoire affleure dans Chants de l’ombre, œuvre de scène autant que de partition, où le geste compte autant que le son.
 
Sous la halle Eiffel, le festival Hier & Aujourd’hui affirme sa ligne : faire entendre le passé et accueillir le présent. Schubert et Anne-Marie Fijal parlaient la même langue, celle de la musique.

Jean-Claude Djian

Les 3 premiers albums du projet Schubert 200 ont reçu un Diapason d’Or :

  • Die Schöne Müllerin (La Belle Meunière),
  • Licht und Schatten (Lumière et ombre,
  • Hoffnung (Espoir).

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