
Blessé à Gaza le 30 juin 2025 dans un café bombardé, évacué après des semaines d’attente puis soigné au CHU de Rennes, Bashar Al Belbeisi remonte sur scène à la MC93 de Bobigny dans Chez Samy, de Claire Lasne Darcueil. Son retour dit la force d’un sauvetage médical, d’une amitié, d’une famille éclatée et d’un corps qui refuse de renoncer à la danse.
Sur la grande scène de la MC93 de Bobigny, Bashar Al Belbeisi redécouvre le plateau après des mois d’hospitalisation. Dans Chez Samy, création de Claire Lasne Darcueil, il rejoint une troupe d’une cinquantaine de personnes où se mêlent 43 amatrices et amateurs, une comédienne et un comédien, trois chanteuses lyriques et un pianiste dans une chorégraphie signée Feroz Sahoulamide. Pour le jeune Palestinien de Gaza, ce retour sur scène n’a rien d’anecdotique : il marque la reprise d’une passion fondatrice, la danse, celle qui l’a fait vivre, créer et transmettre.
La blessure qui interrompt une trajectoire
Le 30 juin 2025, Bashar se trouve dans un café au bord de la mer à Gaza quand un missile israélien frappe l’établissement. Il est grièvement blessé à la jambe, et son état fait craindre le pire. Dans un hôpital débordé, les soins sont retardés, le manque de médicaments est constant, et l’idée même d’un transfert semble longtemps hors de portée. Bashar a pourtant construit sa vie sur une double passion — la danse et la transmission — en développant sa propre compagnie à Gaza, en formant des jeunes au Dabkeh En novembre 2023, il était venu en France accompagner la tournée du documentaire Yallah Gaza de Roland Nurier. Il avait alors dansé dans une quinzaine de villes et en accompagnant sa troupe dans plusieurs villes françaises jusqu’au Théâtre National de la Danse à Chaillot dans le cadre de cette circulation artistique. La blessure interrompt brutalement une trajectoire déjà engagée entre Gaza et la scène internationale.

« Il m’a simplement dit Finally
Son évacuation vers la France doit beaucoup à la mobilisation lancée par Catherine Le Scolan-Quéré, médecin rennaise engagée auprès des blessés de Gaza, qui l’avait rencontré lors d’une mission humanitaire à l’hôpital Nasser.
Interview Catherine Le Scolan
« J’étais en communication avec lui pendant des mois, avant que sa jambe n’éclate. Ensuite, pendant le mois de juillet, c’est sa mère qui m’a parlé tous les jours. Je lui donnais toutes les informations concernant l’avancement du dossier, tandis qu’elle me tenait informée de l’état de santé de Bachar, qui s’aggravait de jour en jour. Quand il est arrivé à l’hôpital de Rennes, à deux heures du matin, la police entourait l’ambulance. C’était comme si un terroriste arrivait à l’aéroport de Rennes. Puis, lorsque l’ambulance s’est garée à l’hôpital, la porte s’est ouverte. Nous nous sommes pris dans les bras. Il m’a simplement dit Finally ».
Soigné au CHU de Rennes, où les équipes tentent de préserver sa jambe et d’entreprendre une longue rééducation.
Refaire famille
Le combat ne s’arrête pas aux soins. Le père et le frère de Bashar ont pu le rejoindre à Rennes, mais sa mère, ses deux sœurs et son frère aîné restent à Gaza, toujours pris dans les blocages de sortie de territoire et les délais administratifs. Le père a engagé une demande auprès de l’OFPRA, et la lenteur de la procédure complique encore l’espoir d’une réunification familiale.
Bashar Al Belbeisise sentira libre lorsque sa famille sera enfin réunie en France et lorsqu’il pourra danser sans réserve. La résidence proposée au Palais de Chaillot pourrait alors ouvrir une nouvelle étape : celle d’un retour durable à Paris, dans un lieu entièrement dédié à la danse.
Jean-Claude Djian











Laisser un commentaire