Agression de la religieuse française par un juif orthodoxe à Jérusalem - Images de Vidéo surveillance
Agression de la religieuse française par un juif orthodoxe à Jérusalem – Images de Vidéo Surveillance

À Jérusalem, Renée Gutmann avance au milieu d’une ville qui se durcit. Franco-israélienne installée en Israël depuis cinquante ans, cette guide de la Ville sainte milite auprès d’ONG qui défendent les minorités juives, chrétiennes et musulmanes. Après l’agression d’une religieuse dominicaine française, elle raconte un pays où les violences religieuses ne relèvent plus du hasard, mais d’un climat qui s’installe.

Les crachats de trop

Juifs haredim orthodoxes crachant au passage d’un groupe de pèlerins rue de la porte des Lions à Jérusalem.

Extrait de l’interview de Renée Gutmann

« Un jour, par hasard, je me trouvais dans la vieille ville de Jérusalem. Je suis passée devant un des couvents sur la Via Dolorosa, et il y avait devant moi un groupe de jeunes d’une Yeshiva de 14 à 15 ans. En passant devant le couvent, chacun crachait. Comme si de rien n’était. »

Renée Gutmann ne parle pas d’un simple écart de conduite. Elle décrit un geste banal, répété, appris tôt, qui dit l’état d’une ville où les humiliations contre les chrétiens et les musulmans se multiplient dans une forme d’indifférence collective. Pour elle, ces scènes racontent moins des incidents isolés qu’une société qui laisse s’installer la peur.

« On n’a pas d’avenir »

« Depuis le début de la guerre, il y a plus de 200 000 Israéliens qui sont partis. Une partie de la jeunesse se dit : « Ça suffit, on n’a pas d’avenir. » Ils ne veulent pas vivre dans une théocratie dictatoriale. Si par malheur cette coalition repassait, c’est fini de la démocratie. »

La colère contre Benyamin Netanyahou traverse tout son témoignage. Renée Gutmann dit voir autour d’elle une jeunesse désabusée, épuisée par la guerre, la crise et l’impression d’un avenir bouché. Elle manifeste chaque semaine à Jérusalem et pense qu’une partie du pays ne veut plus de cette dérive politique. Le malaise est profond : il est démocratique, social, mais aussi moral.

Manifestation contre la guerre – Photo Tyrone Siu REUTERS

Le déni

« Yeshayahou Leibowitz, grand penseur israélien, disait en 1967, juste après la guerre des Six Jours : « Il faut rendre les territoires maintenant, sinon ils vont corrompre la morale et la démocratie israéliennes. » Aujourd’hui, on tue pour garder ces territoires. Les gens de droite ne veulent pas voir cela. Ils disent : « Ce n’est pas vrai. » Ils sont dans le déni et s’inventent des histoires. »

C’est là que le portrait prend sa dimension politique la plus nette. Renée Gutmann relie la violence religieuse, l’occupation et l’impunité dans une même mécanique de destruction lente. Son mot, Tikoun, dit l’inverse de cette dérive : réparer. Réparer les liens entre communautés, mais aussi réparer une société qu’elle juge au bord du point de rupture.

Renée Gutmann refuse pourtant de céder au désespoir. Elle dit attendre un réveil du pays, une inflexion politique qui remettrait à nouveau la paix au centre. Elle regarde vers l’époque d’Yitzhak Rabin comme vers un moment où Israël semblait encore capable d’emprunter une autre voie. Dans une Jérusalem plus dure et plus silencieuse, son engagement tient à une idée simple : rien n’est perdu tant qu’il reste des voix pour refuser la haine.

Jean-Claude Djian

Retrouvez cet article sur le site du magazine Grands Reporters : https://www.grands-reporters.com/jerusalem-vague-de-violences-des-juifs-orthodoxes/

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