
À Oppy, dans le Pas-de-Calais, Jean-Paul Dallene cultive bien plus que des céréales, des betteraves ou des légumes. Avec son frère Philippe, cet agriculteur de 54 ans a fait de la santé des sols le cœur de son métier, en testant depuis plusieurs années des pratiques d’agroécologie et d’agriculture régénératrice au GAEC Artoipy. Moins de labour, davantage de couverts végétaux, des intrants mieux ciblés, et surtout une obsession : redonner de la vie à une terre qu’il a vue se durcir et s’essouffler.

Une ferme qui réapprend à respirer
« Pour moi, l’agriculture, c’est avant tout une affaire de passion », confie Jean-Paul Dallene. Issu d’une famille d’agriculteurs et formé à Bordeaux Sciences Agro, il s’est installé avec une idée simple : vivre de sa terre sans l’épuiser. Sur les 201 hectares du GAEC Artoipy, la rotation s’élargit, les passages d’outils se réduisent et les couverts végétaux sont pensés comme une culture à part entière. Sous la surface, le retour des lombrics témoigne d’un sol qui retrouve peu à peu sa vitalité.
Le programme Sols Vivants
Cette transition s’inscrit aussi dans le programme Sols Vivants, mené avec Nestlé, qui accompagne des agriculteurs vers des pratiques de conservation des sols. À Oppy, Jean-Paul Dallene fait partie de ces fermes pilotes qui cherchent à concilier production, réduction des intrants et meilleure gestion de l’eau. Il refuse d’y voir un recul. « Une agriculture plus propre n’est pas forcément décroissante », affirme-t-il. Selon lui, il est possible de réduire progressivement les produits phytosanitaires et les engrais grâce à des solutions alternatives, tout en maintenant les rendements.
Un métier qui change économiquement
« Je suis parti en agriculture de régénération, de conservation dans le but d’avoir des sols plus vivants. La première chose, c’est de faire des couverts végétaux longs durés. Grâce à cette méthode-là, j’ai vu mes heures de tracteur diminuer. On a remarqué une dynamique de l’eau. Parce que les sols sont travaillés pendant tout l’automne et l’hiver par les couverts végétaux. On obtient ainsi une structure beaucoup plus grumeleuse et non un sol compacté par les pluies de l’hiver. »
Cette nouvelle organisation du travail de la terre a porté ses fruits dans les rendements.
Tirer l’alarme avant qu’il ne soit trop tard
« J’estime que je suis un peu un lanceur d’alerte par rapport au changement climatique. Ceci prouve bien qu’aujourd’hui, les agriculteurs s’intéressent aux conséquences du changement climatique et mettent en place des mesures pour limiter son impact. Les mesures, on les connaît. C’est la couverture longue durée des sols. C’est l’abandon du labour. C’est aussi un assolement plus diversifié. »
Le discours de Jean-Paul Dallene dépasse sa seule exploitation. Président de la commission environnement de la FDSEA du Pas-de-Calais, il défend une agriculture capable d’anticiper les bouleversements climatiques.
Défendre l’avenir du métier
Jean-Paul Dallene voit dans le changement climatique un défi très concret pour les exploitations du Pas-de-Calais. Il plaide pour davantage de matière organique, plus de haies et une biodiversité renforcée sur ses parcelles. A ses yeux, l’agriculture ne se limite pas à la gestion quotidienne des exploitations : elle est aussi traversée par des enjeux politiques, nationaux et européens qui exigent une représentation collective structurée. Son ambition est aussi humaine : permettre, à terme, l’installation de deux jeunes sur sa ferme. La transmission est essentielle dans son métier.
Derrière son parcours se dessine une conviction : un agriculteur ne doit pas seulement produire, mais préparer la suite. En défendant des sols vivants, des cultures plus robustes et une agriculture mieux adaptée au climat, Jean-Paul Dallene trace une voie de transition fidèle aux réalités du terrain.
Jean-Claude Djian





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