Les Turbulents d’Alain Bourbonnais Crédit La Fabuloserie

La Fabuloserie, temple de l’art hors-les-normes installé à Dicy, dans l’Yonne, est en danger. Sophie et Agnès Bourbonnais, les filles du créateur de ce lieu unique, souhaitent passer le flambeau. Elles tirent la sonnette d’alarme : comment transmettre ce patrimoine sans disperser ses œuvres ni dénaturer son esprit ?

Une succession sans héritier

Voilà plus de quarante ans que la famille Bourbonnais fait vivre La Fabuloserie. Fondé en 1983 par l’architecte et collectionneur Alain Bourbonnais, le musée est aujourd’hui codirigé par ses filles, Sophie et Agnès. Elles souhaitent préparer l’avenir mais leurs enfants ne veulent pas reprendre la suite.

« On ne veux pas leur imposer quoi que ce soit. Nos enfants ont leur vie, ils sont loin, et on comprend parfaitement leur choix », explique Sophie Bourbonnais.

L’objectif de la famille est d’éviter la dispersion des quelque 1 000 œuvres qui composent la collection.

Mauricette de Francis Marshall Crédit La Fabuloserie

Un musée hors les normes

La Fabuloserie n’est pas un musée comme les autres. Elle est à la fois un cabinet de curiosités, une maison de collectionneur, un jardin habité et un lieu de mémoire. Ses œuvres appartiennent à l’art hors-les-normes. Alain Bourbonnais, voulait créer « un temple du rêve, de l’imagination, de l’émotion ». Le fondateur ne se contentait pas d’acheter des œuvres. Il allait à la rencontre de ceux qui les fabriquaient, dans leur maison, dans leur environnement quotidien. Cette relation directe avec les artistes est l’un des fondements de la collection. Parmi les pièces emblématiques figure le manège de Petit Pierre, réalisé par Pierre Avezard, garçon vacher handicapé devenu créateur d’un extraordinaire manège mécanique fait et animé avec des matériaux de récupération.

Trouver un autre modèle

La Fabuloserie est un musée privé qui accueille chaque année 16 000 visiteurs. Pourtant, les recettes de billetterie ne suffisent pas à couvrir les dépenses de fonctionnement.

 « Le musée fait 800 mètres carrés et comprend un parc d’un hectare où, sans cesse, les problèmes de réparation pullulent, autant que les poissons dans l’étang et les subventions publiques restent limitées par rapport aux dépenses. » Précise Sophie Bourbonnais

La difficulté ne se limite pas à réunir des financements. Il faut préserver l’unité d’un ensemble dont le bâtiment, le parc et les œuvres sont indissociables. Un transfert de la collection dans un autre musée ne suffirait pas à maintenir La Fabuloserie en vie. Pour les propriétaires, une dispersion aux enchères est exclue.

« On n’a pas envie de disséminer les œuvres, et il est hors de question que tout parte aux enchères. Ce serait irrespectueux par rapport au travail de notre père ! » Affirme Sophie Bourbonnais. « Notre problème, c’est que le lieu fait partie intégrante de la collection. En faire don à un établissement public qui la transporterait ailleurs, ce ne serait pas dans l’esprit de La Fabuloserie, parce que les gens sont autant admiratifs du lieu que de la collection. »

Peut-on se résoudre à laisser disparaître ce lieu d’exception ? À Dicy, la famille Bourbonnais espère encore qu’une fondation, un mécène ou un partenariat public-privé permettra de préserver l’ensemble. Pour que le manège de Petit Pierre continue de tourner et que La Fabuloserie demeure ce qu’Alain Bourbonnais avait voulu créer : une maison pour les œuvres inclassables, les imaginaires indociles et les visiteurs en quête d’émerveillement.

Jean-Claude Djian

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