Sonny Rolins © John Abbott

Sonny Rollins est mort à 95 ans. Géant du saxophone ténor, il a traversé le jazz moderne aux côtés de Miles Davis et John Coltrane. Son son, immédiatement reconnaissable, reste une leçon de liberté musicale.

Album The Cutting Edge. Live at Montreux 1974

Cutting Edge à l’oreille.

Mon premier choc avec Sonny Rollins remonte à 1977. J’achète The Cutting Edge, un album live enregistré au Montreux Jazz Festival en 1974. Disque pivot, il m’ouvre à son travail, à son œuvre entière. Depuis près d’un demi-siècle, cet album me suit : il est devenu un compagnon d’oreille, de sons, de temps. Chaque écoute, chaque relecture, chaque séance de travail avec ce disque réactive une même énergie : celle d’un saxophone qui parle, qui pense, qui résiste.

Ce matin, je me branche sur France Inter et l’information tombe à 8h15 comme un accord suspendu. Sonny Rollins, surnommé le « Saxophone Colossus », s’éteint le 25 mai 2026, à 95 ans.

La disparition de Sonny Rollins provoque une onde de choc. Surprise, tristesse, manque. Ce n’est pas seulement un musicien qui part, c’est une présence qui était devenue familière, presque intérieure.

Le monde du jazz perd l’un de ses derniers géants, un musicien qui a incarné pendant plus de soixante-dix ans une idée exigeante de l’improvisation, du souffle et de la liberté.

  • Livre photo de John Abbot sur Sonny Rolins
  • Sonny Rolins © John Abbott
  • Sonny Rolins © John Abbott
  • Sonny Rolins © John Abbott
  • Sonny Rolins © John Abbott
  • Sonny Rolins et son petit chien © John Abbott

Son parcours, son œuvre

Rollins a traversé l’histoire du jazz en côtoyant les plus grands : Miles Davis, John Coltrane, Charlie Parker, Thelonious Monk, Art Blakey. Il a joué dans le hard bop, le bebop, le jazz moderne, puis dans une forme de liberté qui lui était propre, loin des modes, toujours fidèle à son exigence.

Un son est immédiatement reconnaissable : robuste, lyrique, ironique, d’une grande liberté rythmique. Il joue avec la mélodie comme avec un matériau vivant, il la déplace, la repose, la dénature, la reconstruit. Il a développé une manière très personnelle de faire du saxophone ténor une voix presque humaine, parfois presque parlée.

En France, Rollins reste aussi une figure de la radio : France Musique a diffusé des archives et entretiens, dont une interview de Sonny Rollins et des émissions comme Les légendes du jazz Ces archives témoignent d’un homme qui parlait avec clarté, avec humilité, mais sans concession, de son art.

Son œuvre s’est construite dans la durée : standards, longues formes de concert, goût du risque, et une présence unique sur scène. Il a enregistré des dizaines d’albums, a tourné pendant des décennies, a toujours cherché à repousser les limites de son instrument sans jamais le trahir.

La rélève – Son tribut

Personne ne remplace Sonny Rollins. C’est précisément ce qui fait de lui une référence durable. On peut chercher des héritiers techniques, des continuateurs stylistiques, mais pas un double. Son timbre, son architecture d’improvisation et son autorité sur scène restent singuliers.

La meilleure idée est peut-être de parler de « successeurs de l’esprit Rollins » plutôt que de remplaçants : des musiciens qui prolongent l’exigence, le souffle, l’invention et l’adresse au public. Rollins laisse moins un vide qu’une norme très haute, un modèle d’intégrité musicale.

Pour beaucoup de jazzmen, son départ est un deuil, mais aussi un élan : comment continuer à jouer avec autant de liberté, sans jamais tricher ? Comment garder le souffle, même quand le temps passe ?

Un son reconnaissable entre tous. Une présence immense. Une leçon de liberté. Sonny Rollins rejoint le panthéon des musiciens qui ont fait du jazz un langage mondial.

Son départ est un deuil pour les jazzmen, mais aussi pour le public qui a entendu, chez lui, quelque chose de simple et d’inouï à la fois : un souffle vivant. Rollins n’était pas seulement un saxophoniste. Il était un compagnon d’oreille, de sons, de temps. Pour moi, il le reste, à travers The Cutting Edge, à travers chaque écoute qui relance l’énergie.

Un tribut s’impose : pour les jazzmen, pour le public, pour tous ceux qui ont entendu dans son saxophone une voix qui ne se taira jamais vraiment.

Jean-Claude Djian

Les incontourables

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