À la Maison de l’Île-de-France, Claude Benzrihem Champion délaisse les logos pour les reflets. Dans l’expo « Alors, on se promène ? », la graphiste expose une cinquantaine d’images encadrées, fuite poétique entre Paris, Marseille et autres lieux d’inspiration. Une « déambulation photo-graphique » qui signe la fin d’un cycle – et le début d’une liberté.

L’œil en liberté
Depuis 1983, elle façonne des identités, affine des lignes, polit des logos. Diplômée de l’ENSAD (Ecole Nationale des Arts Décoratif) Claude Benzrihem Champion a longtemps cadré pour les autres. Aujourd’hui, c’est son regard qu’elle expose. Mais quand elle lâche la souris, c’est pour saisir son téléphone – nouveau carnet de croquis lumineux. Sur le trottoir, dans une vitrine ou à travers une ombre, elle traque la petite dissonance, ce moment où la lumière fait signe. À la frontière du métier et du hasard, sa photographie semble le prolongement naturel du graphisme : cadrée, précise, mais soudain libre de consigne. Son terrain : la rue. Son studio : la ville.
Interview Claude Benzrihem Champion
« J’ai toujours travaillé avec des photos puisque j’ai toujours travaillé avec des photographes. Elles m’ont servi dans mon métier de graphiste à faire des affiches et de l’édition, et depuis que j’ai en poche un iPhone, plus ma curiosité naturelle, tout à coup je me suis fait mes propres images. J’ai commencé à avoir une sacrée somme d’images et je trouvais ça très bête qu’elles restent au fond d’un disque dur. J’avais envie de les mettre à l’épreuve et j’ai fait cette expo. Je les ai sélectionnées, j’ai essayé de trouver des thématiques à une narration qui les relient entre elles, qu’elles me surprennent moi-même. J’ai dégagé plusieurs thématiques : Le portrait, les portraits volés, les portraits posés, les paysages, les portraits paysages et les « ready-made ». Je les prends en photo comme un document. Je documente ce truc qui existe tout fait dans la rue, il y en a plein. Et il y a des gens qui ne le voient jamais ».

Flânerie en images
Dans Alors, on se promène ? Claude déroule 52 photographies à l’intérieur de la Maison de l’Île-de-France et 400 grandes planches contact à l’extérieur du bâtiment, comme autant d’escales sensorielles. « Portraits volés », « Vers l’abstraction », « Mouvements » : les séries se lisent comme des chapitres d’un carnet. Les titres – Sunset addict, Meet John Doe, Vu ! La voie est libre, Noyé dans Rothko – soufflent le décalage. Alors, on se promène ? décline 44 photos tirées sur papier litho qui ont été exposées dans une salle à la Maison de l’Île-de-France de la Cité Universitaire Internationale. Le tirage sur papier litho 180 g et les planches-contacts XXL confèrent à l’ensemble un charme d’atelier ambulant.
Un dernier logo pour la route
La promenade ne serait donc pas une transition, mais un recommencement : un pas de côté, lumineux, vers la vie grande ouverte. Claude Benzrihem Champion ne tourne pas la page : elle la redessine.
Après la rigueur du logo, la légèreté du regard qui, enfin, sort du cadre.
Jean-Claude Djian
L’exposition Alors, on se promène ? vient de se terminer. Retrouvez l’ensemble des photos de Claude Benzrihem Champion sur son site à un prix très raisonnable.








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