
Un clip iranien de 46 secondes, généré par IA, montre un missile frappant une Statue de la Liberté à la tête de démon, avant de promettre « One Vengeance for All ». Derrière ces images spectaculaires, une stratégie assumée de guerre de l’information qui cherche à faire de l’Iran des mollahs un champion des opprimés contre l’Amérique et Israël, sur le terrain des réseaux sociaux plutôt que sur celui des champs de bataille.
« One Vengeance for All » © Credit IRIB
Un montage rageur, viralisé.
La vidéo IA « One Vengeance for All » dure quarante six secondes. Un choeur de femmes chante une mélopée triste. Statue de la Liberté au visage de Baal en incrustation est écrit « VENGEANCE FOR ALL – Iranian media reportedly releases AI video » . Puis des images s’enchainent . Un chef Sioux à cheval, un enfant d’Hiroshima, une vietnamienne, un yéménite, une fillette de Gaza, une petite fille sur Litlle St James (Île de Jeffrey Epstein), une écolière iranienne. Enfin Qassem Soleimani et Ali Khamenei morts lors de bombardements américains. Tous ont les yeux tournés vers le ciel. Que regardent-ils ? Un missile intercontinental iranien décolle, il traverse les nuages pour avoir en ligne de mire la Statue de la Liberté au visage de Baal sur Liberty Island. Le missile explose la statue à tête démoniaque, avant que le clip ne se propage en millions de vues sur Instagram, TikTok et X via l’IRIB (Islamic Républic of Iran Broadcasting) et des comptes pro-iraniens.
Une machine à désinformation
Ce clip n’est pas un ovni isolé, mais la vitrine d’une machine à fabriquer des illusions de guerre. Selon le Media Forensics Hub américain spécialisé dans la désinformation, au moins 62 comptes inauthentiques pro‑iraniens sur X, Instagram et Bluesky servent de relais, en se faisant passer pour des internautes de Californie, du Royaume‑Uni ou d’Irlande. Des enquêtes, comme celles de la société israélienne Cyabra, décrivent des dizaines de milliers de faux comptes diffusant funérailles militaires inventées ou victoires iraniennes imaginaires, pour plus de 145 millions de vues en deux semaines.
« One Vengeance for All » Lego © Credit IRIB
Un récit politique pour les jeunes
Pour Téhéran, cet arsenal numérique sert un objectif politique : passer du statut de régime accusé de répression à celui de « résistant » vengeant les victimes de l’Empire américain, alors même que les ONG dénoncent une explosion des exécutions et des morts en détention en Iran.
Marc Owen Jones, chercheur en médias à l’Université Northwestern du Qatar déclare :
« Cette propagande IA iranienne est pensée pour les flux de TikTok et d’Instagram, où l’émotion l’emporte sur le contexte et où les jeunes internautes deviennent le front avancé d’une guerre qui se joue désormais d’abord sur les écrans »
Rumman Chowdhury, experte en éthique de l’IA, avertit
« Nous avons franchi un seuil où les vidéos truquées sont si réalistes que la plupart des gens ne peuvent plus les distinguer de la réalité. Elles créent un brouillard dans lequel même les images authentiques sont suspectes ».
« One Vengeance for All » parle moins de guerre que de plateforme. Sur TikTok, terrain des 15–25 ans, les images explosent mais les contextes se réduisent. Entre missile imaginaire sur la Statue de la Liberté et des prisonniers réels exécutés dans la prison d’Evin à Téhéran, la limite réalité/fiction se dilue. La bataille se joue là où la story remplace parfois l’Histoire.
Jean-Claude Djian





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