Née en 2020 au cœur du confinement londonien, Canopy Collections réinvente l’art contemporain. Les Françaises Louise Chignac et Cécile Ganansia y mêlent curation intuitive, expositions nomades et conseils accessibles, pour que l’œuvre d’art rejoigne enfin le salon des néophytes.

Le syndrome des murs blancs
Cécile Ganansia, cofondatrice de Canopy Collections
« Des personnes autour de moi pendant la Covid vivaient entourées de murs vides et voulaient des conseils. Il y avait une demande de jeunes art lovers, qui avaient envie d’acheter, mais n’osaient pas entrer dans une galerie, pour demander un prix, des conseils car c’est intimidant. Nous avions envie de commencer en ligne pour démocratiser l’art et donner une transparence de prix. Nous voulions rester sélectives pour choisir et soutenir des artistes car il est difficile de suivre les carrières des artistes et d’avoir une relation privilégiée avec eux. »
C’est une histoire née d’un silence, celui du premier confinement de 2020. Londres s’était figée, ses galeries avaient tiré le rideau, et chacun contemplait ses murs devenus soudain trop vides. Louise Chignac, curatrice issue du monde des grandes collections, et Cécile Ganansia, ancienne gestionnaire d’actifs devenue amoureuse d’art, flairent alors un besoin existentiel : réintroduire l’art dans la vie domestique. Six ans ans plus tard, la galerie installée dans le quartier culturel de Bloomsbury, continue de bousculer les codes du « white cube ». D’abord virtuel, le projet explose : expositions éphémères dans des lofts prêtés, hôtels confidentiels, clubs privés. En septembre 2024, ouverture d’un QG permanent à 3 Bloomsbury Place, dans le quartier historique près du British Museum.
Philip Eglin « ma relation amour/haine avec l’argile »
« L’argile est un matériau très particulier, avec lequel j’entretiens une relation amour/haine depuis quarante ans de pratique. Elle peut être totalement frustrante d’un côté, et totalement magique de l’autre. »
Ce mois-ci, et jusqu’au 20 février, Canopy accueille « Bucket List », une exposition personnelle du céramiste britannique Philip Eglin, reconnu par des institutions majeures – du Victoria and Albert Museum au Musée de Sèvres –, Eglin casse les conventions comme d’autres cassent leurs moules. Ses objets oscillent entre sacré et satire. Chez Canopy, ses céramiques ne sont pas seulement posées sur des socles : elles dialoguent avec la lumière naturelle, les bibliothèques victoriennes et les angles d’un lieu pensé pour vivre l’art, pas seulement le contempler.
Redéfinir la collection : entre intimité et ouverture
Cécile Ganansia, cofondatrice de Canopy Collections
« Nous n’avions pas imaginé que ça se passerait de cette manière, surtout avec tous les challenges économiques qu’il y a eu dans le monde de l’art. Ce qui est intéressant, c’est de savoir comment inscrire Canopy dans les prochaines années dans ce marché de l’art. Nous avons une vision, nous voulons soutenir les artistes, les promouvoir, leur offrir des opportunités institutionnelles, d’avoir des bonnes relations avec les musées. Nous voulons aussi construire leur carrière. »
Près de six ans après sa création, Canopy Collections a trouvé son point d’équilibre entre le réel et le virtuel. Sa mission : démocratiser la rencontre avec l’art contemporain. Plus question de réserver la collection aux initiés ; il s’agit désormais d’un dialogue ouvert entre artistes, collectionneurs, architectes et simples curieux. Aujourd’hui, Canopy collabore avec plus de vingt artistes, de l’artiste belge Charlotte Beaudry au britannique Richard J. Butler, et navigue dans des lieux aussi divers que The Royal Society of Sculptors, le grand magasin Selfridges London, l’Hôtel Coulanges à Paris, ou le magasin de meubles design Modernity à Stockholm. Chaque exposition est pensée comme une rencontre, une mise en scène de la vie.
Canopy Collections trace un chemin simple et vivant pour un art d’aujourd’hui accessible à tous : fini les galeries blanches et froides, place aux espaces habités et chaleureux. Ouvrir une galerie physique en 2026 reste un pari audacieux, mais essentiel pour booster les jeunes talents — et Paris pourrait bien être la prochaine étape.
Jean-Claude Djian







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