
Le 20 novembre 2025 marque le cinquantenaire de la mort de Francisco Franco, dictateur qui a régné d’une main de fer sur l’Espagne pendant près de quarante ans. Cinquante ans après sa disparition, l’Espagne n’a pas évacué le franquisme. La mémoire reste vive, divisée et brutale. Alors que le gouvernement socialiste mène un vaste chantier de réappropriation démocratique, la droite et l’extrême droite défendent encore l’héritage du Caudillo, ravivant les clivages et les tensions.
La Deuxième République : laboratoire d’une utopie égalitaire
En 1931, l’Espagne s’émancipe enfin du joug monarchique et clérical avec la proclamation de la Deuxième République. Socialistes, communistes et anarchistes s’unissent pour bâtir une société égalitaire, en s’attaquant à la pauvreté, à l’immense pouvoir de l’Église et à la concentration des terres. La collectivisation des biens agricoles et la réforme agraire incarnent l’espoir d’un pays nouveau, un laboratoire politique d’utopies révolutionnaires. Mais ces réformes sociales radicales divisent profondément la société, fragilisant la République.

Le putsch fasciste et la guerre civile : l’utopie dans le sang
Le 17 juillet 1936, le putsch militaire nationaliste dirigé par Franco et les phalangistes renverse l’espoir républicain. Abandonnée par les démocraties anglaise et française, la République lutte désespérément en s’appuyant sur les Brigades internationales. Mais la guerre civile se durcit, marquée par des horreurs : le bombardement de Guernica, l’assassinat de Frederico Garcia Lorca, la répression brutale des opposants. Au sein des républicains, tensions sanglantes entre communistes et anarchistes, exacerbées par l’intervention de Staline contre le POUM. Peu à peu, les troupes franquistes gagnent du terrain et l’utopie démocratique espagnole est écrasée.
L’Espagne franquiste : dictature, contrôle et oppression
Avec Franco, la Phalange fasciste impose un régime totalitaire, où l’Église retrouve son rôle hégémonique, les libertés sont sévèrement limitées, et les femmes confinées à un rôle subalterne. L’État surveille sa population dans un fichage généralisé, instaurant la peur et la censure. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne se déclare neutre, évitant une participation directe mais soutenant discrètement l’Axe. Franco reste le Caudillo incontesté, dictateur jusqu’à sa mort en 1975, symbole d’un passé noir que le pays devra encore longtemps digérer.
De la mort de Franco à 2025 : démocratie et mémoire conflictuelle
La mort de Franco ouvre la voie à la transition démocratique grâce au roi Juan Carlos Ier et à une génération de réformateurs. L’Espagne se modernise, adopte la démocratie et s’insère dans l’Europe pacifiée. Mais en 2025, cinquante ans plus tard, la mémoire du franquisme est toujours brûlante. Le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez organise en grande pompe des commémorations sous le thème « Espagne en liberté », tout en publiant une liste des monuments et symboles franquistes à retirer de l’espace public. La droite, en particulier Vox, dénonce une victimisation à des fins politiciennes, et certains jeunes expriment même une nostalgie autoritaire inquiétante.

Une messe pour Franco à Paris : scandale et colère contre l’extrême droite
Cinquante ans après la mort de Franco, le franquisme n’est pas mort en Espagne, son pays d’origine. L’hydre fasciste s’étend désormais au-delà des frontières espagnoles. En France, une messe en mémoire de Franco était prévue le samedi 29 novembre à la Chapelle Notre-Dame de Consolation, organisée par le Cercle Franco-Hispanique avec l’appui de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, en hommage aussi à José Antonio Primo de Rivera, fondateur fasciste de la Phalange assassiné en 1936. Iann Brossat Le sénateur de Paris, co-président du groupe communiste au Conseil de Paris et candidat à la mairie, condamne cette initiative sur X : « Une messe en hommage à un dictateur et un fasciste à Paris. Après avoir rendu hommage à Pétain à Verdun, c’est à Franco qu’ils veulent rendre hommage. Cette messe doit être interdite : à Paris, l’extrême droite ne doit pas faire sa loi, nous ne céderons pas. ». Ce message a été entendu et la messe en mémoire de Franco a été annulée ¡No pasarán!
Jean-Claude DJIAN




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