À Vif, en Isère, le musée des frères Champollion fait revivre l’esprit du génie des hiéroglyphes dans sa demeure familiale. Entre objets personnels, manuscrits fascinants et une exposition temporaire mêlant science et mémoire des momies, ce lieu intime conjugue émotion, érudition et technologie de pointe. Visite guidée avec Caroline Dugand, conservatrice du musée.

Champo. C’est ainsi qu’on l’appelait à l’époque où je faisais mes études secondaires au Lycée Champollion de Grenoble. Je me souviens qu’au milieu de la cour d’honneur du lycée trônait la statue du déchiffreur des hiéroglyphes, pose méditative, appuyé sur ses papyrus, le pied posé sur une tête colossale de sphinx. J’ai appris, des années plus tard, lors d’un reportage pour l’émission Chroniques Sauvages de France Inter consacré à la vie et à l’œuvre de Jean-François Champollion, que cette statue était une œuvre originale en plâtre due au sculpteur Auguste Bartholdi comme me le précisa Serge Lemoine, conservateur du Musée de Grenoble à cette époque.
Interview Serge Lemoine et Michel Hénaud, proviseur du Lycée Champollion
Un lieu chargé d’histoire et d’émotions
A l’étage, derrière la porte d’entrée du Musée Champollion, l’atmosphère est celle d’un foyer studieux figé dans le temps. On traverse le salon où la lumière filtre doucement sur les meubles anciens, avant de rejoindre le bureau où Jean-François Champollion épluchait ses manuscrits à la bougie. Plus loin, sur une table, repose une bible hébraïque avec ses annotations témoigne de la rigueur d’un déchiffreur habité par la logique des signes de l’esprit obstiné de Jean-François Champollion. Plus loin, un estampage de la Pierre de Rosette rédigée en trois écritures : en égyptien hiéroglyphique, en égyptien démotique et en grec qui l’aida au déchiffrement des hiéroglyphes. Autour, manuscrits annotés, cartes et notes retracent la progression d’une pensée devenue fondatrice : celle qui fit passer l’Égypte du mythe à la science. Dans une vitrine discrète, une cape sombre attire le regard : c’est celle qu’il rapporta d’Egypte. Ces objets ont une âme, une histoire et sont autant de confidents silencieux. Ils ouvrent une fenêtre sur la complexité d’un homme, savant obstiné et curieux, empli d’une quête de beauté et de vérité comme me l’expliquait l’égyptologue Christiane Desroches Noblecourt au micro de France Inter.
Interview Christiane Desroches Noblecourt pour Chroniques Sauvages sur le déchiffrement des hiéroglyphes
Science et modernité au service de la mémoire
Au rez-de-chaussée, l’exposition temporaire Curieuses momies. Des Champollion au Synchrotron ouvre un nouveau dialogue. Derrière les vitrines, deux momies humaines se tiennent dans une immobilité saisissante, étudiées autrefois par Champollion lui-même. À côté, momies animales — chats, ibis, crocodiles — rappellent l’importance rituelle du monde animal dans l’Égypte antique. Les étiquettes détaillent un travail scientifique de pointe : grâce au synchrotron de Grenoble, les chercheurs peuvent observer l’intérieur des corps sans les ouvrir, révélant causes de décès, gestes d’embaumement et secrets des tissus funéraires. Cette précision, obtenue par des rayons X d’une puissance exceptionnelle, nourrit la recherche égyptologique tout en préservant l’intégrité des vestiges.
Interview de Caroline Dugand
La gardienne du lieu
Caroline Dugand, conservatrice du musée depuis son ouverture, en est le pilier discret mais déterminant. À la tête de l’installation du lieu, elle a également piloté la conception de cette exposition temporaire ambitieuse. Son fil conducteur : mêler rigueur scientifique, respect de la dignité humaine et sensibilité muséographique. « Le défi était d’offrir au public une expérience à la fois sensible et informée, tout en rendant hommage à la démarche pionnière des frères Champollion », explique-t-elle.
Visiter le musée Champollion, c’est franchir un seuil entre maison et mémoire, entre le quotidien d’un savant et l’héritage universel de l’égyptologie. Du salon familial aux vitrines futuristes du synchrotron, cette expérience gratuite et immersive mêle recueillement, découverte et fascination. Dans le silence des pièces, l’ombre bienveillante de Champollion veille toujours, invitant le visiteur à poursuivre son voyage sur les rives du Nil.
Jean-Claude Djian











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