
L’Université Lumière Lyon 2 condamne un post Facebook du chercheur en histoire médiévale Julien Théry listant vingt signataires d’une tribune anti-palestinienne comme « génocidaires à boycotter ». La LICRA et les politiques réagissent, tandis que Jean-Luc Mélenchon et des syndicats défendent la liberté d’expression
La polémique qui secoue actuellement l’Université Lumière Lyon 2 avec la publication par Julien Théry, professeur d’histoire médiévale, en septembre 2025 sur Facebook d’une liste de 20 personnalités qualifiées de « génocidaires à boycotter en toutes circonstances », en reprenant les signataires d’une tribune parue dans Le Figaro appelant Emmanuel Macron à ne pas reconnaître un État palestinien sans conditions préalables. Cette publication est devenue virale et polémique autour du 22-23 novembre 2025, provoquant des réactions de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), de l’université Lyon 2 et de personnalités politiques. L’université a condamné fermement le contenu le 23 novembre et saisi le procureur de la République le 25 novembre.

Interrogé par l’AFP, le professeur assume ses propos, affirmant d’avoir « évidemment jamais dressé de liste de juifs » mais simplement commenté la tribune du Figaro en reprenant ses signataires, accusant la Licra d’avoir déformé son texte pour lancer une campagne de harcèlement. Il a précisé sur Facebook que la présentation tronquée visait à faire croire à une liste fantaisiste.
La question qui se pose est profonde : pourquoi rendre publique une telle liste dans un contexte déjà extrêmement tendu en pleine explosion des violences au Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023 ? Le simple travail d’observation politique aurait dû rester dans un cadre scientifique ou au moins interne. L’Université Lyon 2 n’est pas un cas isolé. Depuis les événements tragiques au Moyen-Orient, le climat sur les campus s’est radicalisé, et la frontière entre militantisme et réflexion académique est devenue poreuse. Être juif ou pro-israélien y est devenu suspect, tandis que les discours antisionistes débordent parfois sur des expressions antisémites.
Cette dérive concerne non seulement la France mais aussi les universités européennes et américaines, où des voix pro-israéliennes sont parfois marginalisées, jugées plus comme des ennemis politiques que comme des acteurs d’un débat démocratique légitime. Cette crise morale et intellectuelle est aggravée par des postures politiques décomplexées qui, dans certains cas, valorisent des groupes terroristes comme « combattants », alimentant ainsi une ambiance où le dialogue est remplacé par l’affrontement.
L’affaire Lyon 2 est symptomatique d’un univers universitaire où la rigueur du débat scientifique est menacée par la dénonciation publique et parfois diffamatoire, où la liberté académique est invoquée comme une protection à des discours militants mais qui mettent en danger des individus et nourrissent un climat de haine. Cette situation interroge gravement la capacité des établissements d’enseignement supérieur à préserver leurs valeurs fondatrices : pluralisme, ouverture d’esprit et quête de vérité. Car lorsque l’université cesse d’éclairer la société pour se laisser obscurcir par elle, l’espace de réflexion libre et serein est profondément menacé.
« Solidarité avec cet enseignant éclairant. » Jean-Luc Mélenchon a exprimé, mardi 2 décembre, son soutien à Julien Théry. De leur côté, les syndicats Sud-Éduc Lyon 2 et CGT Lyon 2 se sont mobilisés le 1er décembre via un communiqué commun, défendant Julien Théry en minimisant la liste comme une simple reprise d’une tribune publique et non une création antisémite. Ils dénoncent la réaction de la direction de l’université, considérant son devoir de protection d’un de ses agents « menacé personnellement par l’extrême droite et qui subit du harcèlement et des menaces envers des membres de sa famille ». Julien Théry bénéficie d’une défense qui met en lumière les fragilités institutionnelles : manque de protection face aux menaces, malaises vis-à-vis de la gestion du conflit idéologique, et appels à défendre la liberté d’expression académique même dans les controverses les plus polarisantes. Tandis que la justice est saisie, la société tout entière est invitée à réfléchir : jusqu’à quand l’université restera-t-elle un sanctuaire pour la libre pensée, ou deviendra-t-elle le théâtre d’un combat idéologique où la couleur politique ou l’origine dicte qui peut parler ?
Cette affaire ne doit pas être réduite à un simple fait divers. Elle symbolise une mutation inquiétante du modèle universitaire, qui peut à terme compromettre son rôle vital dans la formation d’esprits critiques et dans la cohésion sociale. Face à cette dérive, un retour urgent à une éthique de responsabilité, combinant liberté de conscience et respect des personnes, est indispensable si l’on veut préserver l’université comme un lieu de savoir au-dessus des passions et des haines.
Jean-Claude Djian




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