
Jeudi 20 novembre, vers 10h30 du matin, une mobilisation s’est faite entendre devant l’hôpital André-Grégoire à Montreuil, symbole d’un secteur hospitalier public sous tension. Dans la rue, personnels soignants, travailleurs sociaux et usagers dénonçaient la casse organisée des hôpitaux publics : fusions imposées des établissements, manque criant de personnel, budgets écrasés.
Violence budgétaire, précarité généralisée
Sous couvert d’une situation budgétaire « catastrophique », le gouvernement Lecornu 2 impose un Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2026 marqué par une cure d’austérité sociale sans précédent. Le PLFSS 2026, censé « redresser les comptes », prévoit 7,1 milliards d’euros d’économies sur la Sécurité sociale, Ces restrictions aggravent une situation déjà critique dans les hôpitaux, avec suppressions de postes, salaires gelés et fermetures de lits. Un coup de rabot qui frappe de plein fouet les hôpitaux publics et les services de protection de l’enfance.
On taxe les malades
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dénonce une réforme hospitalière qui aggravent les inégalités avec en particulier la hausse des franchises médicales qu’elle qualifie de « taxer les malades » au détriment de la solidarité sociale.
Interview de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT
« Ça fait partie des grosses inquiétudes qu’on a sur ce budget. C’est la première fois qu’on baisse autant le budget des hôpitaux alors que la situation des hôpitaux est déjà catastrophique. En 2024, on a fermé 2000 lits. Depuis le Covid, c’est des dizaines de milliers de lits qui ont été fermés alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé la main sur le cœur à ce que plus jamais les choses ne soient comme avant et à ce que la santé soit une grande priorité nationale. C’est une grande colère parce que si vous demandez à tous les citoyennes et les citoyens la chose à laquelle ils sont le plus attachés, c’est la santé. Or, c’est ce sur quoi on refuse d’investir alors que les besoins sont bien présents et que c’est juste indispensable pour notre société.»
Un cri venu du terrain
Le 20 novembre, devant l’hôpital André‑Grégoire de Montreuil, la mobilisation à l’appel de la CGT Santé a exprimé l’inquiétude face à la dégradation des services publics et à ses effets sur les enfants et les familles. « Nos hôpitaux refusent de mourir », scandaient les manifestants, alors que la fusion au sein du GHT Grand‑Paris‑Nord, regroupant les hôpitaux de Montreuil, Aulnay‑sous‑Bois et Le Raincy‑Montfermeil, suscite des craintes de réductions de moyens.
Interview de Barbara Filhol, secrétaire générale de la CGT Santé-Action sociale
« Pourquoi Montreuil ? Parce que c’est en Seine-Saint-Denis et que c’est un désert médical avancé. C’est un stade catastrophique pour les services de soins d’accompagnement des personnes. C’est 92% de personnes et d’usagers qui n’ont pas accès aux soins dans le département. C’est une fusion qui va se faire au 1er janvier de 2026 et qui sera catastrophique pour le territoire parce qu’elle ne maintiendra pas l’ensemble des emplois et que nous craignons pour les équipes médicales. Parce qu’une fusion 1 plus 1, ça n’a jamais fait 2. Ça a toujours fait un demi. Que le gouvernement arrête de donner systématiquement des accréditations ou des autorisations d’exercer à du privé lucratif qui ne fait que prendre dans la poche des assurés sociaux, puisqu’ils font payer à la sécurité sociale des dépassements d’honoraires qui sont intolérables. Il y a du renoncement en soins et le gouvernement met volontairement la population en danger. Ils viennent de fermer la maternité des Lilas et ils prévoient de fermer des cliniques il y a quelques semaines. Ça suffit ! »
Les droits de l’enfant, une cause sociale et politique
Le 20 novembre célèbre aussi la signature de la Convention internationale des droits de l’enfant. En France, plus de 3 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté et que beaucoup sont confrontés à la précarité, à l’exclusion et à une faible protection sanitaire et sociale. Le rapport annuel 2025 sur les droits de l’enfant en France publié le 19 novembre, met en lumière la nécessité d’une justice adaptée à la vulnérabilité des enfants, notamment en renforçant la protection contre la délinquance, en développant la prévention et en améliorant le suivi des mineurs.
Interview de Barbara Filhol
« La défenseur des droits, Claire Hédon, vient de sortir un rapport sur la protection de l’enfance catastrophique dans cette journée internationale des droits de l’enfant. Aujourd’hui, on n’assure plus la mission de protection de nos jeunes. Nous sommes ici à Montreuil où il y a une unité dans cet hôpital qui permet aux adolescentes dans des situations de très grande précarité de pouvoir mettre au monde leurs enfants et des prises en charge. Le problème c’est que quand elles sortent souvent avec leurs enfants, elles sont dans des situations de vie indignes. Donc elles mettent en danger leur vie et celle de leur nouveaux nés puisque nous n’avons pas de foyers d’aide adaptés pour les accueillir et qu’il n’y a pas de solution d’hébergement pour ces jeunes femmes souvent mineurs. Nous les mettons dans des hôtels sans pouvoir en assumer la sécurité. L’année dernière, il y a une jeune femme qui s’est suicidée dans son hébergement d’urgence faute de prise en charge parce qu’elle se sentait abandonnée par les pouvoirs publics. La protection des mineurs est une démission de l’État. Et aujourd’hui, on ne cesse de faire porter la responsabilité au département sans lui en donner les moyens parce qu’on décentralise toutes les missions régaliennes de l’État notamment en ce qui concerne la protection de l’enfant. Et aujourd’hui nous sommes dans des situations à risques et l’État devra assumer qui doit mourir. »
La journée du 20 novembre aura souligné une évidence : défendre les droits des enfants revient aussi à défendre ceux des personnes qui les accompagnent, les soignent et les protègent. Deux fronts d’un même combat contre l’austérité et pour la justice sociale.
Jean-Claude Djian




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